samedi, 23 décembre 2006
SARAH VAJDA répond à LAURENT SCHANG ... about CLAIRE CHAZAL
à paraître dans LA SOEUR DE L ANGE N° 5
QUESTIONNAIRE SCHANG / VAJDA 1) Après tout, pourquoi avoir choisi Claire Chazal comme vedette pour votre biographie ? Est-ce que l’on choisit ces choses-là ? Imaginez-vous que TF1 jamais ait été une de mes préoccupations ? Evidemment ce livre était une commande, mieux une aubaine, présent tombé du ciel, à la veille de Noël, devenu un cauchemar ! On pourrait en faire un film, ça s’appellerait Le Contrat… On y verrait un écrivain pauvre entrer dans une spirale… celle qu’au fil de cet entretien, je vais tâcher de vous conter sans trop vous ennuyer. Les soucis des autres lassent toujours. La commande donc stipulait, selon le directeur de collection, un livre trash/people et selon l’éditeur, un défi que je m’empressais de relever : « un essai situationniste » proposa-t-il pour le prix d’un livre people. Que celui qui n’a jamais vogué sur la mer de « la Vie Matérielle » me jette la première pierre ! Je saisis la rame au vol. Embarquée. La croisière, au fil des jours, devint une galère fantôme dont le pilote tôt s’absenta… Voici tout le poème. Néanmoins, la commande n’avait rien d’absurde. Dans la figure de Claire Chazal, « madone du 20h, petite fiancée du JT… » gisait une matière aussi inouïe qu’imprévue. Mieux qu’un paradigme du Spectacle, une victime immolée à l’image, un authentique Warhol oublié par la critique, un work in progress échappé de la Factory, en acte, ici et maintenant ! Je m’explique : la notoriété de la dame outrepassait, il faudrait un autre mot pour marquer l’écart, son statut réel, sa charge, sa fonction. En cette figure dormait la possibilité d’une réflexion, non seulement sur la télévision, particulièrement TF1, une chaîne pas tout à fait comme les autres, mais sur la « starification » de la vie. Ce que Chaudier ( cf. texte ) appelle la « chazalisation », succédant à la « bovarisation » des esprits. Ce Derrière l’écran offrait la substance d’un Essai de psychologie contemporaine où, à l’instar de Paul Bourget, la « femme » servirait de révélateur à un état du monde. En effet, Claire Chazal, ci-devant diplômée d’HEC, journaliste économique ( aux Echos, puis au Quotidien de Paris ) n’a, 15 ans durant, pas eu d’autre fonction que de présenter le JT et ce, seulement le week-end, n’animant aucun magazine ni ne proposant de sujets. Or, oxymore, il ne se passe pas un mois, voire une semaine, qu’elle ne figure « icône française » sur des couvertures de magazines, de Voici à Gala, de Match à Psychologie, de Marie-Claire à Madame Figaro, tantôt interviewée, tantôt humiliée, tantôt célébrée, star malheureuse ou heureuse, célibattante qui fit un bébé toute seule, femme amoureuse ou bafouée, mariée de la TV ou divorcée de la ville, mère courage ou mère inquiète, parfaite jeune fille française ou parfois écrivain, aujourd’hui, par la grâce de sa dernière liaison, actrice ou du moins lectrice, elle fut cet été au Festival de la Correspondance, Lou Andréa Salomé et son amour, le docteur Freud. Nous avons notre Blonde, notre Marilyn, notre déesse dont, attentifs, nous suivons les modifications ( au sens où Michel Butor employait ce mot ), pleurant à ses chagrins et nous réjouissant de ses joies, si proche et si lointaine ! « Vedette », le mot est, cher Laurent, comme à l’accoutumée, fort bien trouvé ! Claire est à TF1 ce que la Mère Denis fut à la marque Vedette ou à certaine lessive. Comme le temps passe, j’ai oublié ! Le coup d’archet de mon travail a été les Mythologies de RB… Chazal me fut le plus formidable sujet d’expérience du monde ! Barthes : « Le départ de cette réflexion était le plus souvent un sentiment d’impatience devant le « naturel » dont la presse, l’art, le sens commun affublent sans cesse une réalité qui, pour être celle dans laquelle nous vivons n’en est pas moins historique. » Chazal devint donc en mon petit récit la fille de Jean Fourastié ( inventeur de la formule « Les Trente Glorieuses ») et de Roux-Combaluzier ( l’ascenseur social ) devenue l’employée modèle d’une Firme, TF1. A travers son épopée, un quart de siècle à raconter… ceci rejoint votre dernière question. Comment la télévision prit-elle le contrôle des esprits et bientôt du pays, comment à son contact périt la France de Papa précisément, contradiction apparente seulement, sur la chaîne réputée la plus franchouillarde, celle où Jean-Pierre Pernaut à midi – heure de l’acédie – ramène le pays réel au centre du monde, à Saint-Rémy-sur-Deule, berceau de la Famille Fenouillard ! Comme Barthes démythifia la figure de l’abbé Pierre, étudiant la barbe, la tonsure, la canadienne du prêtre ouvrier, j’ai prétendu, modeste, à ses pas attachée, donner à voir les tailleurs de Claire, les pastels de ses chemisiers, son maintien de « jeune fille à la perle » dans l’éternité pérenne de sa vie médiatique. Comme « la belle et touchante iconographie de l’abbé ( pourrait être considérée ) comme l’alibi dont s’autorise une bonne partie de la nation pour substituer impunément les signes de la charité à la justice », je fus tentée de me demander si cette femme élégante en tailleur distingué ne constituait pas – proche du pouvoir, un ministre est parrain de son fils, préférant Mozart à Nique Ta Mère et Chanel à Tati – l’alibi d’une chaîne regardée principalement par la génération NTM et les usagers de la Grande Distribution. Pour les Beurs, Claire incarne l’idéal–type de la Gauloise. Ils ont raison. Arverne, Miss Astérix est indétrônable, que ni ses jeunes consœurs ni le temps ne surent déposséder de sa chaire de lumière. 2) Quels sont les motifs exacts retenus pour son dépôt de plainte, et où en êtes-vous aujourd'hui dans le procès qu'elle intente contre Pharos et contre vous ? Vingt –quatre longs feuillets d’assignation, je vous propose de les scanner et de les joindre ! Au moins le référé. Résumée la chose dit à peu près ceci, en droit français, le droit à l’image, le respect de la vie privée outrepasse celui concédé à la liberté d’expression. Madame Chazal et Monsieur Torreton, compagnons vivant sous le même toit, ont toute licence de ne pas voir leur vie exposée. Ils s’en chargent, et alors ? C’est la leur ! L’avocat plaidera une fois encore que Madame C. et Monsieur T. ne sont pas les Dupont, les Bouzigues ou les Foussignard, mais des personnages publics qui ne répugnent guère à découvrir au public des poussières d’or de leur vie merveilleuse. Il n’empêche ! Les Stars sont aussi des mortelles. Justice pour tous ! Et tous… Si mon défenseur choisissait de plaider, broder sur le thème majeur du livre « Claire, Femme publique, la Cour le poursuivra. Cherchant dans le Robert la définition du mot, elle préférera le sens figuré au sens littéral : don de son image à la France. La Cour ignore les finesses de la langue. Aussi, « Il lui aura joué Dommage qu’elle soit une putain » fragment du texte incriminé est-il devenu en langue judiciaire insulte ! J’aurai traité l’héroïne de respectueuse… Bienvenue en Absurdie où le législateur se pique d’herméneutique ! 3) Quelle idée aussi, cet improbable éditeur ? ... Jacques Marie Laffont ! Le plus beau visage maffieux de l’édition française ! Dans un film, je l’eusse admiré, filmé par le jeune Martin Scorsese, adoré et si Georges Le Roy Hill l’avait mis en scène, j’aurais, toute décence oubliée, cédé ! Quoi que je me divertisse fort à poser à la midinette, il me faut confesser avoir flairé l’embrouille, le renard sur le retour en quête d’oseille, pensant seulement, Take the money and run, girl, oubliant le surnom que vous vous plaisez à me donner de Calamity Sarah et Suerte ! Tentant la chance, une fois n’est pas coutume, incapable d’imaginer la suite de l’aventure. Donc Laffont, bel homme aux tempes grises qui a gardé l’accent qu’on attrape en naissant du côté de Marseille, ajuste son discours à l’austère petite personne qui lui fait face. Fiancé naguère de Simone Gallimard, éditeur de Pierre Boudot, il a manqué le prix Médicis à une voix, rêve encore faire de bons livres en tenant compte du marché. Pourquoi pas ? Ce discours, comme le prix du livre, est unique de Gallimard au Rocher, en passant par Lafon ( Michel ), Fixot ou Flammarion. L’épicier s’est substitué au mécène, les hommes sont marchandises, âmes et corps, nos livres aussi, qui pourrait s’en dédire ? Le posthumat Saint-Simonien demeure sans doute la seule alternative à ce discours ! Le libéralisme, comme une vague, a déferlé sur le pays que nos fragiles esquifs… J’acquiesce. Le nom de Debord émerge de notre conversation. Laffont se dit enchanté de voir une femme de lettres. Elle lui demande si Robert ou Michel est de sa parentèle ? Il conte l’origine de son nom, Monsieur de la Fontaine, ses ancêtres percevaient l’impôt sur l’eau. Elle sort, malgré elle, la réplique la plus drôle qu’elle ne dira jamais : « Ce sera bien la première fois qu’un percepteur me donnera de l’argent ! » Il sourit. Ils se quittent bons amis, complices. Elle a obtenu plus d’argent qu’elle croyait pouvoir lui soutirer, il a promis de faire relire le manuscrit par la batterie d’avocats qui le secondent, l’un d’eux, d’ailleurs, est actionnaire de la boîte, qui dit mieux ? Elle sort un contrat dans la tête qui parle de dissimulation au cœur de l’art d’écrire et Perrette, redescendant les Champs-Élysées, se demande déjà par quel bout elle va attraper le sujet et se réjouit de la bonne nouvelle à rapporter au nid ! Qui voir ? Que lire ? D’ordinaire, elle préfère les morts aux vivants et la télévision ne lui est guère familière. Seule Lily Rush, la brigade des Homicides de Baltimore et les croque-morts de Six feet unter l’enchantent. Elle s’intéresse peu à l’actualité, n’écoute la radio que chez son dentiste, toujours branché sur France Info et ne se souvient pas d’avoir vu un 20 h ailleurs qu’à l’arrêt route l’été, à moins que ce ne soit dans un café où, accoudée au comptoir devant un café noir, elle essaie d’oublier le vacarme des JO ou des Mondiaux foutebollistiques ! Son premier roman sort dans quelques jours. Elle a le trac. Elle est vide. Elle sait qu’il n’arrivera pas grand chose, aussi n’est-elle pas mécontente de s’offrir des vacances imprévues. Elle ignore être entrée dans un tripot de Marseille. Julien Green, à propos de sa maison d’édition parlait de « forêt de Bondy » et Léon Bloy prétendait prendre un bâton à l’heure de signer un contrat. Que ne l’a-t-elle pris ! Que n’a-t-elle chaussé des lunettes pour signer ce fichu ! Que n’ai-je deux mois plus tard, rencontrant Madame L. l’épouse, écouté mon instinct me criant Sauve-toi Calamity S., sauve-toi ! Passez muscade. Madame L. prof de philo démissionnaire mériterait un détour. Ce sera pour une autre fois, vous ne croiriez jamais ce récit vrai tant il est vrai que ledit n’est pas toujours vraisemblable ! Je résume. L’indélicat ne m’a jamais versé que le premier tiers de l’à valoir promis, celui que je remettrai à l’avocate qui, la loi l’exige, me représentera devant le juge de fond. Ma honte a fondu, découvrant n’être qu’une flouée parmi d’autres, plus avertis que je ne suis ; et aussi, renversée par l’ironie de l’aventure. Monsieur et Madame Chazal réclamant à Madame Personne, Cosette, Mézigue, des dommages et intérêts ; surtout ravie de la virulence des plaignants prouvant peut-être que mon petit OVNI, tout compassionnel et peu sensationnel qu’il serait, les a percés au cœur ! Laissez-moi ce dernier rêve… Sans doute, seule, leur avocate l’a lu, la Dame requérant systématiquement contre qui, à son propos, publie, certaine de gagner. D’ordinaire, la partie adverse est un groupe de presse, Prisma, un autre, qui sur son dos gagne l’argent dont il lui reverse, en retour, une partie, un impôt, une taxe, une prime en quelque sorte… 4) Apparemment, vacances ou pas, toute la presse se désintéresse royalement de l'affaire. 4. Et pourquoi s’intéresserait-elle à une sotte qui signe chez Foiros ? Et pourquoi des journalistes sérieux voleraient au secours d’une inconnue qui a prétendu sur le dos d’une Star se fabriquer de la notoriété ? L’incuriosité est un vice à la mode en ces temps d’inflation. Seul, vaillant chevalier du néant surgi, Jean-François Kervéan, écrivain, pigiste à ses heures, a dans France Soir, le 10 juillet, lendemain du coup de boule qui bouleversa le pays, rendu à ce livre un hommage incroyable et à l’affaire, son caractère sur-réel, dérisoire et cruel. Le patron de France-Soir est un journaliste à l’ancienne : un livre a été interdit, l’auteur est docteur es lettres, l’éditeur parle de situationnisme ( Laffont ne connaît que ce terme ), voulez-vous aller voir ? Kervéan y vint. Gratitude éternelle. Ignorant mon existence et n’ayant aucun d’ascenseur à me renvoyer, il n’a commis cette bonne action que par pur souci de la justice, considérant, au-delà du cas particulier, de quelle dérive, de quelle jurisprudence cette historiette pourrait être suivie… Who care ? On a tort ! La forme du roman vrai, du roman post barrésien qui dissimule une critique sociale disparaîtra peut-être. Ironie merveilleuse, une barrésienne y aura contribué ! Si cette étrange aventure connaissait un happy end, je serais bienheureuse d’en avoir été le dindon, puis, l’héroïne délivrée, sinon il ne me restera qu’un goût amer teinté d’ironie de ce non-lieu parfait qu’elle incarnera désormais. 6) "La fiancée est froide" : quelle plus terrible définition de Claire Chazal ? Vous dites vous-même combien Chazal est une personnalité vide, creuse. Alors pourquoi en avoir fait un personnage de roman plutôt qu'une simple biographie ? L'accusation n'aurait pas pu s'appuyer sur cette ambiguïté au moins. 6. La fiancée est froide ? La télévision, selon le génial Mac Luhan relu à cette occasion, est un médium froid. La journaliste, une « héroïne hitchcockienne », disent-ils, feu couvant sous la glace. Ce titre par prudence fut écarté. Il me plaisait que le grand Guy Dupré et moi, nous retrouvions égarés sur des gondoles de supermarché, par la vertu de ce titre que je lui empruntais avec son accord, singularisé. Pourquoi un roman ? Claire Chazal devint vite une Colette Baudoche, ma Clairette de Thiers, petite fille de braves gens sortis du rang par la grâce des Hussards noirs de la République. En outre, ce genre est aisé à lire et la consigne exigeait que de mes afféteries, de mon style impossible, je m’éloignasse…. En fait, une biographie n’est qu’un roman dont l’auteur connaît à l’avance les péripéties et l’issue. Madame L. ciblait Madame Michu qui, nous le savons, ne lit pas : elle regarde la TV en repassant son linge et en épluchant, Jeanne Dielmann qui s’ignore, ses pommes de terre, 25, quai du Commerce… Je ciblai la ménagère de moins de 50 ans, celle à qui, Bernard Pivot fit remontrance. Elle lit Elle ou Madame Figaro, selon ses origines et son lieu de séjour. Claire Chazal, dans ses interviews, ne cesse de parler de cette hantise de l’âge –crainte d’autant plus légitime, qu’elle vit de son image – et que les journaux féminins, à longueur de pages, vendent des anti-rides, des pilules de soja, des conseils de chirurgie esthétiques, aux dames d’automne. Sans parler de cette indiscrétion par laquelle j’ai péché, dévoilant un écart de neuf ans entre Dulcinée et son bien-aimé ! 50 ans donc ! Cap Malet ! Cap fatidique ! L’horizon ménopause est un marronnier. J’y repose in- tranquille, tout comme Claire, aussi me suis-je divertie à analyser le terrorisme des journaux féminins dont, à l’instar de Montherlant, je déplore l’influence jusqu’ici indémentie. Insolence bien légère que cette phrase : « L’âge se mesure aussi en temps passé soudain dans sa salle de bain. » Qui me démentirait ? Mon âme de jeune gauchiste, de Passionaria qui lavait sa crinière au savon de Marseille, refusait les fards et portait de longues tuniques où le corps, jamais ne s’offrait aux regards, a fait retour comme mon obstination à prétendre le Capital, un monstre, le libéralisme, une horreur et la télévision, une machine à détruire la vie. Le roman adoucissait les angles, prétendait sauver Claire, montrant son âme, ravie par ces divers Moloch. En effet, je persiste à croire que la petite fille de Thiers, montée par la grâce de sa photogénie au zénith de la notoriété, n’est qu’une victime : à TF1 elle a fait don de sa personne. TF 1 – bastion de Monsieur Bouygues- vu de près ressemble davantage à l’île du Docteur No avec son ordinateur central sous le lac de Marne la Vallée qu’à celui du Capitaine Nemo et pour rien au monde, je ne voudrais y résider ! A une notoriété qui s’évanouira à l’instant même où elle ne paraîtra plus à la petite lucarne, une fille intelligente a sacrifié sa vie. Toutes les petites filles du 9 -3 rêvent de « faire Claire Chazal » ou d’être reines d’un jour – vues à la TV -, les couples y exhibent leurs blessures secrètes, les orphelins y cherchent leurs parents… La farce m’a semblé par trop ignoble ! Le roman devait être wharolien. Il convenait, qu’à l’usage des spectateurs, en langue claire, par le biais d’un roman, une universitaire transmît le legs des Ecrits corsaires de Pasolini, de La Culture du Narcissisme du grand Christopher Lasch, de La Société du Spectacle et de La Galaxie Gutenberg. Il fallait rappeler au lecteur que si le petit François, fils de Claire et de PPDA, va dans une école privée du 7ème arrondissement, les fils de leurs spectateurs, victimes de la TV regardée dès l’aube et à l’heure des devoirs, ont perdu toute capacité à synthétiser un texte. Il ne s’agit même pas du zapping ! En 1962 déjà, Marshall MacLuhan notait comment, sournoisement, l’exposé télévisuel, la pseudo pluralité des points de vue, invalidaient le développement du jugement, l’esprit de distinction, fondant les hommes en séries. Contre ces Barbares, une nouvelle fois, Barésienne, au nom de la patrouille perdue ( l’humanité selon Gary ), je partis en guerre. Plus d’élèves, plus de maîtres, plus de repères, le chaos… Le roman atténuait l’aridité de la démonstration. 5) Il faut dire aussi, après Barrès et Hallier, Claire Chazal ! Avouez que vous l'avez bien cherché. Vous, une universitaire 5. Je ne m’en dédis pas. Il n’existe pas de petits sujets. L’adultère même qui, selon Barthes, en était un « très petit », compose aussi bien Le Partage de Midi qu’un Arlequin ! L’Université devrait, comme Barthes le fit, s’intéresser davantage à ces petits sujets : la vie de 9 millions de Français, demain tous bacheliers, qu’ils auront comme étudiants et qui leur préfèreront – cet âge est sans pitié – la Star Ac. A leur âge, au lycée, certains de mes condisciples préféraient Mallarmé, Nerval ou Baudelaire à Prévert, que par souci d’égalitarisme, l’institution sacrait au même titre poète ! Je ne cherche pas les coups, je publie ce que Raison me dicte… Mon Hallier ne souhaitait pas se faire les ennemis qu’il se fit, non plus que mon Chazal, ma Baudoche/basochée ! Ce serait à vous, camarade Schang, de définir ce qui rend l’esprit du temps si hostile à votre amie, dont vous savez les efforts pour s’orienter dans la pensée comme le labeur quotidien. Taupe creusant des galeries sans fin jusqu'à Donjon du Sens ! 7) Claire Chazal rédactrice en chef de l'information sur la première chaîne européenne, ça fait peur en même temps. 7. L’Europe, l’Europe, l’Europe ! Schang, celle que nous aimions a péri avec un certain nombre de vétilles à Versailles…L’Empereur François-Joseph au tombeau avec lui, pour jamais, l’a emmenée. Le caporal H., à sa manière, l’a réalisé. La France, selon son vœu, est devenue un musée, ses habitants, dames pipi et chaisières… Alors Claire ou Marcelle, Yasmina - discrimination positive oblige - ou une autre, quelle importance ? De quel poids pèsent nos rêves à la lumière de la géopolitique et du non contrôle des naissances ? Le Tiers-Monde aura raison de se venger de notre arrogance et l’Europe, vieille femme fardée et emperuquée, ne pourra plus feindre être toujours jeune et belle, flashy, punchy. Le cabinet des Antiques ouvrira ses portes et le monde découvrira que ses résidants sont des morts… « Je ne m’en soucie guère… marchand de pommes de terre parce que c’est la guerre… » 8) En refermant le livre, après avoir lu vos deux autres biographies, je n'ai pu néanmoins m'empêcher de penser à une trilogie. Il y a du Sofia Coppola en vous. Je me trompe sur votre intention cachée à travers ces trois livres ? 8. Quelque chose en moi de Sofia Coppola… ça me va ! Lost in translation… Vous et moi devant l’étrangeté du monde, au diapason soudain, moi, de cette antériorité je me passerais bien, Génération Peace and Love et vous Génération Grand bleu et Paracétamol, regardant sur les rives du Rhin, s’enfuir le monde qui nous a été arraché ? Vous vouliez dire, Laurent, que Barrès, Hallier, Chazal forment une trilogie. C’est bien cela ? Evidemment, un souci unique, le même toujours, « le cher vieux pays » « feue la France » de Dupré, celle que mon père cabaliste m’offrit en héritage, préside à ces trois livres. Barrès ou l’inquiétude de l’inconstant Benjamin Constant. Hallier, la furie médiatique d’un enfant saisi par l’esprit du temps et comprenant n’y pouvoir s’y tailler une place à la mesure de ses espérances. Chazal, enfin, la glaciation d’un temps, envitré comme la môme de Poltergeist dans l’écran télévisuel. Barrès, pourquoi j’ai aimé la France, pour Retz, d’Artagnan amoureux ou non, pour la geste gaullienne et les voix enchanteresses des « écrivains glisseurs » ( mot de Barthes toujours ) Chateaubriand et Barrès, René et Maurice, pour leurs phrases comme des colombes ensanglantées mourant au pied de leurs lecteurs et invitant au rêve. Hallier, pourquoi j’ai cessé de l’aimer – oh ! Frères humains, hardis compagnons de la classe75 qui ont été céliniens, halliéristes. Chazal, pourquoi elle m’est soudain devenue inhospitalière, étrangère. Ascenseur social en panne. Espoir évacué. Revenez ! « Aux Trente glorieuses » ont succédé les Trente pouilleuses et commencent les Trente Calamiteuses. Fin du coup. Je descends là ! Je n’attends ni cavaliers ni Apocalypse, monde dilué dans la neige des écrans. Merci, Schang, d’avoir pris, une fois de plus, peine de lire, entendre et questionner un auteur de si peu d’importance que l’interdiction de son livre n’émeut pas plus Pierre que Paul, Jacques ou Léon ! Laissez-moi remercier ici Stéphane Chaudier dont les textes accompagnent cet entretien, BDL, Bruno Deniel Laurent, notre fringant rédac chef de feu Cancer ! et Juan Asensio, notre hôte qui, comme à l’accoutumée, avec élégance et égards, ouvre son site aux écrivains sans feu ni lieu.Remerciés aussi Moudenc, qui pour Rivarol écrivit une inutile critique ( jointe ici ), Joël Schmidt qui en publia une dans Réforme et Marcel Cordier, dans La Dépêche meusienne.
date du procès au fond, le 16 mars 2007
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Commentaires
Bonjour,
Vous pourrez trouver ci-joint une analyse juridique de l'"affaire Chazal", qui ne mérite pas encore de perdre ses guillemets du fait du mutisme médiatique qui prévaut encore sur le sujet...
http://web.mac.com/wergeld/iWeb/Le%20Crachoir/Blog/0404AADE-00D6-4F25-B33F-F0D934F50C31.html
Écrit par : J-C.Moreau | mercredi, 27 décembre 2006
Je viens de finir le livre de Sarah Vajda (téléchargé.) J'ai pris beaucoup de plaisir à le lire, jusqu'à ressentir, d'ailleurs, une sorte de "nausée dans le confort". Quelle n'est pas ma surprise de constater que le personnage principal du roman est vivant. Chazal sortie du néant ! Je me suis surpris à croire que tout ça n'était que fiction, une fiction habile pour que l'on garde un goût amer de notre époque. Mais non, c'est le pays réel qui est amer, pusiqu'il qu'il y a ce néant qui porte plainte pour qu'on ne le narre plus...
Écrit par : Maximilien FRICHE | vendredi, 16 février 2007
Cher Maximilien,
Votre susbtantielle critique de l'ouvrage de Vajda est ô combien plaisante à lire, à plus forte raison lorsque tout le monde, du quidam à l'intellectuel renommé, semble de se désintéresser du sort que l'on peut aujourd'hui réserver à un livre sur le seul fondement du préjugé.
Mon précédent site n'ayant pu survivre faute de moyens, je me suis replié sur la création d'un blog, où vous pourrez notamment consulter une analyse juridique de l'ordonnance de référé ayant jeté l'autodafé.
http://lecrachoir.hautetfort.com/archive/2007/02/08/claire-chazal-ou-le-syndrome-de-narcisse.html
Écrit par : J-C.Moreau | vendredi, 16 février 2007
Cher Maximilien,
Votre susbtantielle critique de l'ouvrage de Vajda est ô combien plaisante à lire, à plus forte raison lorsque tout le monde, du quidam à l'intellectuel renommé, semble de se désintéresser du sort que l'on peut aujourd'hui réserver à un livre sur le seul fondement du préjugé.
Mon précédent site n'ayant pu survivre faute de moyens, je me suis replié sur la création d'un blog, où vous pourrez notamment consulter une analyse juridique de l'ordonnance de référé ayant jeté l'autodafé.
http://lecrachoir.hautetfort.com/archive/2007/02/08/claire-chazal-ou-le-syndrome-de-narcisse.html
Écrit par : J-C.Moreau | vendredi, 16 février 2007
Thiers dans le Cantal et une direction du Travail aux Finances, ça suffit pour passer à autre chose, la vie est courte.
Écrit par : Maximilien Dautruch | mercredi, 18 avril 2012
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