Extrait de l'avant-propos :
Agadez... Par ses voyelles aux sons clairs, cette première consonne qui paraît s'enrouler sur elle-même, sa terminaison au timbre sifflant, le nom de la ville évoque presque naturellement le désert. Il y a en lui quelque chose qui suggère le chant des dunes ou le serpent enroulé dans le sable dont on perçoit la soudaine présence. De fait, Agadez est la ville des vastes étendues, une cité de sable construite au milieu des sables, une oasis sans grande végétation où souffle continûment le vent du désert.
A-t-on remarqué que le nom de cette ville, que l'on orthographiait autrefois Agadès, se clôt sur la syllabe par laquelle débute le mot désert ? Subtilités de la langue ou génie des lieux, ici la ville s'achève précisément où commence le Sahara, dans la poussière des horizons nomades. Aussi n'est-il pas étonnant que cette région du monde ait été longtemps représentée par une tache blanche sur les cartes et les atlas.
Cette méconnaissance des régions subsahariennes, longtemps fermées aux Occidentaux, est d'autant plus persistante qu'Agadez, au Niger, est fréquemment confondue avec Agadir la Marocaine, ville située au pied de l'anti-Atlas. Par cette méprise, nos compatriotes dévoilent moins leurs lacunes en géographie qu'ils ne révèlent, sans le savoir, le trouble que leur inspirent les territoires désertiques. C'est qu'Agadir et Agadez sont toutes deux aux portes d'un désert : à l'une, le Ténéré, aux confins du Sahara et du Sahel ; à l'autre, les vastes étendues océanes, à la jonction de l'Atlantique nord et de l'Atlantique sud. Entre elles, le plus grand désert du monde, à travers le Maroc, la Mauritanie, le Mali et le Niger.
De tout temps, des aventuriers, des mystiques, des poètes, des militaires partis vaincre les peuples nomades ont emprunté ces pistes sahariennes. Ils ont abandonné la vieille Europe pour un royaume aux frontières pulvérisées. Ces hommes du Nord voués au rythme des saisons, aux printemps gorgés de sève, aux brumes automnales, ces hommes des villes saturées de possessions matérielles et de bruits en ont appelé au sable, aux étendues immaculées, à la nudité de la terre, avec l'espoir de voir surgir quelque vérité du désert. Tous ont porté, à jamais gravée en eux, l'empreinte du désert. «Après s'y être engagé, aucun d'eux n'a pu demeurer le même», écrit l'explorateur anglais Wilfred Thesiger au seuil du Désert des déserts.
Edmond Bernus, dont les photographies accompagnent ce livre, fait à sa manière partie de ces hommes. Nulle conquête militaire, nulle soif de domination chez ce géographe né - comme Théodore Monod - dans une famille protestante d'origine suisse, mais une inlassable découverte des populations nomades du Sahel. Sous l'impulsion de Jean Rouch, qu'il rencontre en Côte d'Ivoire au début des années 1950, Edmond Bernus devient à la fois l'un des meilleurs photographes de l'Afrique sahélienne et le grand spécialiste des Touaregs du sud, les Illabakan, dont il partagea l'existence pendant plusieurs années.
Les photographies en noir et blanc que comporte ce livre ont été prises lors des missions de recherches - linguistiques, archéologiques ou historiques - qu'Edmond Bernus effectua, pendant plusieurs décennies, dans la région de l'Azawagh, aux confins des départements de Tahoua et d'Agadez. Photographe amateur ? Bien entendu, mais avec le temps et la nécessité de rendre compte de ce qu'il voit, le géographe des Touaregs confère à la photographie un rôle comparable à celui du carnet de bord ou du magnétophone. Au fil des années, il constitue un fonds unique, aujourd'hui déposé à l'IRD 2 (ex-Orstom), où il fut longtemps directeur de recherche.
Auteur : Bruno Doucey
Date de saisie : 19/12/2007
Genre : Guides Tourisme, Voyages
Editeur : Transbordeurs, Marseille, France
Collection : Cités
Prix : 10.00 � / 65.60 F
ISBN : 978-2-84957-119-4
GENCOD : 9782849571194
Sorti le : 06/12/2007